A bras ouverts, yeux fermés…

Madame Zilberstein, Messieurs Clavier, De Chauveron, Abittan,

Vous parcourez ces derniers jours les antennes pour défendre votre film A Bras Ouverts. Vous haussez les épaules face à la polémique qui vous accuse de présenter les Roms de manière caricaturale. Vous rassurez les spectateurs sur vos intentions, et les invitez à venir partager en nombre vos bons sentiments. Vous brandissez à tours de bras le droit et même la nécessité à « rire de tout ».

Dans votre film, une famille française voit un groupe de Roms s’installer dans son jardin. Au moins, l’image est limpide ! Voleurs, profiteurs, squatteurs, sales, arriérés, vous n’épargnez aux Roms aucun des défauts qui leurs sont habituellement réservés. Le cliché est le sel de la comédie, expliquez vous, prétendant même changer le regard du public puisqu’au final vos Roms s’avèrent bien sympathiques.

Cela fait dix ans que j’arpente les bidonvilles de Seine-Saint-Denis pour enseigner à des enfants Roms en Antenne Scolaire Mobile. Leurs terrains prennent place près des périphériques, près des déchetteries, sous les ponts d’autoroute. Les seuls endroits où ils arrivent à s’installer quelques temps avant que les forces de l’ordre ne détruisent leurs habitations de fortunes. Mes jeunes élèves vivent parmi des hordes de rats. Ils racontent les entendre la nuit courir près de leurs cabanes. Ils angoissent de la prochaine expulsion. Ils souffrent de ne pas avoir accès à l’eau. Outre la misère, ils endurent la violence du regard que l’on porte sur eux, qui s’oppose à chaque initiative pour faire évoluer leur situation, à commencer par leur scolarisation dans les écoles de notre République.

J’espère que chacun de vous, comédiens, réalisateur, scénaristes, ignore tout de cette misère. Qu’aucun de vous ne vient sur nos antennes nous intimer d’en rire en connaissance de cause.  En 2015, j’ai filmé les quelques images qui suivent. Après les bras, ouvrez les yeux ! Je vous en fait cadeau. Regardez ces enfants ! Ils ne sont pas dans les salles à rire à vos côtés comme vous le prétendez. Ils ignorent bien la sortie de votre film. Regardez comme ils sont loin de vos piscines, de vos jardins.

Et expliquez-moi encore que votre « oeuvre » va les aider ! Que rire d’eux comme vous le faites n’est pas une injure à cette misère, à cette violence et aux immenses difficultés qu’ils rencontrent. Expliquez-moi encore que votre comédie ne va pas dans le sens des idées reçues, du racisme ambiant ! Expliquez-moi que vous vous faites autre chose que vous gaussez de gens qui subissent le rejet oral, moral et physique depuis des décennies !

Vous oubliez la misère de ces gens là.

Vous oubliez les sourires de ces enfants là qui demandent eux aussi à s’en sortir.

En rire et en faire rire c’est l’oublier et renforcer le déni et la haine d’ un peuple qui n’a pas cette vie quotidienne dont vous parlez.

Alors , non , ça ne me fait pas rire.

Expliquez-moi encore combien j’ai tort de pas trouver ça drôle …

Marine Danaux, ASET 93

tournage de LA FONDATION DE ROME, de Thibault Vinçon.

J’ai travaillé avec Abel et David autour d’un projet de théâtre LES GEANTS, avec Sergio Longobardi et nous avons joué deux spectacles de Pirandello , au théâtre du fil de l’eau.

Thibault est venu voir le dernier, et m’a annoncé son désir de faire son film, écrit alors qu’il était en répétition dans le bois de Vincennes.

J’ai tout de suite pensé à Abel et David pour le rôle des deux frères.

Il a fallu travailler, et leur apprendre ce qu’était une « répétition » tous les mercredis. Parfois, nous les cherchions dans les rues de Montreuil. Il a fallu négocier de ne pas faire des tours de scooter, de ne pas se battre, et d’arrêter de s’insulter. Parfois, ils n’étaient pas sur le terrain. Parfois sur un autre. Parfois, introuvables. Jamais de portable. Menacés d’expulsion, depuis, ils ont eu la chance de pouvoir être relogé.

Nous avons pu tourner ce film en juillet 2015, après pas mal de péripéties.

C’est le premier film court de Thibault Vinçon , qui est comédien.

L’avant première a eu lieu le 29 juillet , au GRAND ACTION.

Ce film fera le tour des festivals, en espérant qu’il soit apprécié à sa juste valeur.

Paris 6 mois-rue des abbesses-

Du haut de mon 2 pièces à Montmartre, chaque matin , je vois Paris. Ici , les voisins sont tous fous.

La vieille d’à côté hurle, et le vieux médecin du rez de chaussée m’écrit des lettres d’amour à la troisième personne.

Je me réfugie là haut et je monte sur les toits. La vieille me crie de redescendre: « trainée »!.

Il est trop tard, les photos , je les ai faites, et les cigarettes, je les ai fumé.

Je me fais mettre à la porte de mon appartement par Fresco, recevant en partant tous les excréments de tout l’immeuble dans ma baignoire.

Belle vue.

Paris-rue des abbesses-

Exposition durant la fête de l’humanité « ROMS » septembre 2015

IMG_848701122014-IMG_8502IMG_8496 - copieIMG_8509 - copieIMG_8598 - copieNous, photographes qui exposons à la Fête de l’Humanité, ne pouvons rester insensibles à l’opération de police du 27 août dernier, à La Courneuve, qui a mis à la rue 300 habitants d’un des plus anciens et mieux organisés bidonvilles de France.Nous soutenons les familles, et dénonçons les expulsions à répétition dont le seul effet est d’ajouter la misère à la misère.

 
Cette exposition « sur le quotidien des Roms » ne peut taire la détresse dans laquelle se retrouvent ces familles, et les autres, depuis des années, qui ne cessent de quitter les bidonvilles pour en  retrouver d’autres, sans solution durable.
« A quoi bon expulser si on ajoute de la précarité à la précarité? » …
(Monseigneur Delannoy, évêque de Seine saint Denis)
Soutien aux familles Roms, pour un retour à la dignité.
Les photographes.
Texte : Marine Danaux
Avec Eric Roset, Gil Roy, Nigel Dickinson, et Maurizio Cimino.